L'intestin, notre 2è cerveau !

 

Etats-Unis, 1999. Le Professeur Michael Gershon, neuro-gastro-entérologue à l'université de Columbia (New-York) qualifie pour la première fois l’intestin de "deuxième cerveau". Des travaux pionniers qui mettent en lumière l’importance de l’axe intestin-cerveau.

 

L’importance du microbiote intestinal

Notre organisme héberge de très nombreuses espèces bactériennes. Ces communautés de micro-organismes, appelées " microbiotes" élisent domicile à différents endroits de notre corps : la bouche, la peau, le vagin… Mais surtout l’intestin ! Cet organe qui mesure environ 8 mètres de long héberge jusqu’à 100 000 milliards de bactéries, principalement localisées dans l’intestin grêle et surtout le côlon. Les scientifiques estiment ainsi que près de 90 % des matières fécales seraient constituées... de bactéries !

 

Ces bactéries, associées à d’autres micro-organismes tels que les virus et levures, forment la "flore intestinale" désormais rebaptisé " microbiote intestinal" par la communauté scientifique.

 

In utero, le tube digestif du fœtus demeure un milieu stérile. Lors de la naissance, l’allaitement, la diversification alimentaire… le microbiote intestinal d’un individu se constitue au fil des années, jusqu’à contenir près de 1 000 espèces bactériennes différentes chez un adulte en bonne santé. Un monde bactérien qui pèse près de 2 kilos et que les spécialistes appréhendent de plus en plus comme un organe à part entière, au même titre que le cœur, le poumon ou même le cerveau ! Car, au-delà de son rôle dans la digestion, le microbiote joue un rôle prépondérant dans les fonctions métaboliques, immunitaires et également neurologiques.

 

Les 200 millions de neurones du tube digestif

Les spécialistes estiment ainsi que près de 200 millions de neurones tapissent notre tube digestif. Les mêmes neurones que ceux qui se logent dans notre cerveau ! "C’est un véritable système nerveux autonome qui se met en place lors de l’embryogénèse", retrace Francisca Joly Gomez, gastro-entérologue, professeur en nutrition à l'université Paris-Diderot et auteure de l’ouvrage L’intestin, notre deuxième cerveau.

 

Assurer la motricité intestinale est la première fonction de ce système nerveux dit "entérique". "Il permet à l’intestin de se contracter pour notamment faire progresser le bol alimentaire", poursuit Francisca Joly Gomez. "Quel organisme irait constituer un tel réseau de nerfs pour gérer un banal tuyau péteur ?", s’interroge non sans humour la doctorante allemande Giulia Enders dans son ouvrage best-seller Le charme discret de l'intestin. Car en effet,80 % de ces cellules nerveuses sont en réalité chargées de transmettre des informations depuis notre intestin jusque dans notre cerveau.

 

Notre tube digestif demeure ainsi en interaction permanente avec notre système nerveux central, c’est à dire le cerveau. Comment ? Par le biais de sécrétions hormonales. "Comme le cerveau, les neurones de l’intestin sont capables de produire des hormones et des neurotransmetteurs, tels que la dopamine ou la sérotonine", souligne Francisca Joly Gomez. Ainsi, les neurones qui tapissent notre tube digestif produisent autant de dopamine que le cerveau et sécrètent jusqu’à 95 % de la sérotonine présente dans le corps. Deux hormones que l’on sait ô combien indispensables à notre santé psychique !

 

L’intestin, siège de nos émotions

Oui, nos émotions se logent bel et bien aussi dans notre intestin. Avoir "la peur au ventre" ou "l’estomac noué", "digérer une information", "prendre aux tripes"… Ces expressions de la vie courante ont une explication scientifique. Face à des situations de stress ou d’ anxiété, notre cerveau va envoyer des messages à notre intestin. Conséquences : ce dernier va se contracter, provoquant des spasmes et modifiant le transit intestinal… En période de stress ou de dépression,

 

le système digestif produira également davantage de ghréline, une hormone qui contrôle l’appétit et la perte de graisse… Santé psychique, digestive et métabolique… Tout est intimement lié ! "Le rôle du microbiote intestinal dans les maladies psychiques ( dépression, syndrome anxio-dépressif) ou les troubles du comportement alimentaire ( anorexie mentale, boulimie) sont ainsi de nouveaux axes de recherches", retrace Francisca Joly Gomez.

 

L’intestin, une nouvelle piste de recherche pour la maladie de Parkinson

Selon de récentes études, les maladies neurodégénératives pourraient également naître dans l’intestin. Les chercheurs s’intéressent tout particulièrement à la maladie de Parkinson, qui s’attaque aux neurones. "Chez les personnes touchées par la maladie de Parkinson, on constate que les neurones de l’intestin présentent les mêmes anomalies que celles que l’on retrouve habituellement dans le cerveau", explique Francisca Joly Gomez. "D’ailleurs, chez de nombreux malades, les troubles digestifs tels que la constipation peuvent précéder les troubles neurologiques et moteurs…

Ces découvertes scientifiques laissent entrevoir la possibilité de nouveaux examens médicaux permettant de diagnostiquer précocement la maladie".

 

Il est certain que notre deuxième cerveau n’a pas fini d’animer la communauté scientifique !

 

Ecrit par Charline Delafontaine - Journaliste santé - Doctissimo

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